Booz sassoupissait ; son labour laccablait ;
Il avait dans son champ accompli son travail ;
Puis avait fait son lit dans un coin familial ;
Booz dorme non loin du grain quon amassait.

Il avait son poids dans, il avait mil sillons ;
Quoiquil ft cousu dor, il aimait limpartial ;
Dans son moulin fluvial, il navait nul limon ;
Il navait pas Satan dans son four domanial.

Son poil avait du blanc ainsi quun ru davril.
Ni rapiat ni rival sa moisson ninspirait ;
Quand il voyait ptir un croquant qui glanait :
Laissons-lui  propos choir du grain, disait-il.

Toujours il marchait droit loin du layon tournant,
Portant sur son dos par compassion au lin blanc ;
Toujours aux appauvris il ouvrait son blutoir ,
Son grain coulait  flot dun consolant pouvoir.

Si Booz, bon cousin, si Booz, grand patron
Faisait provision dor, il donnait au vassal ;
On admirait Booz plus quun frais Apollon,
Car Apollon na pas lattrait patriarcal.

Son front tout grisonnant va au flux augural,
Sintroduit au Toujours, quittant un jour mouvant ;
Lon voit brandons brlants  liris dun infant :
Un cristallin caduc saisit lInaugural.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi son grain ;
Non loin du haut mulon qui paraissait un mur,
Trois paysans blottis ont lair dun corps obscur ;
Or tout a arrivait dans un antan lointain.

La tribu dAbraham avait pour roi Dayan ;
Son sol, dont un Titan avait vu limpulsion,
Portait dans son limon, mol humus pourrissant
Linoubli torturant du Flot inondant Sion

Ainsi dormait Jacob, ainsi dormait Judith,
Booz, tout  sa nuit, gisait sous un buisson ;
Or, un vantail divin ouvrant son portillon
Sur son front rayonnant, la Vision sinscrivit.

Ainsi fut la Vision : Booz vit un grand tronc
Qui, sorti du nombril, allait jusqu lazur ;
Un sang vrai y montait ainsi quun long chanon ;
Un roi chantait au bas, l-haut mourait un pur.

Or Booz murmurait tout  son oraison :
"Qui pourrait mimpartir don si mirobolant ?
Voici trois fois vingt ans, javais alors vingt ans,
Lon ma ravi lamour avant davoir garon.

Son corps qui, nuit sur nuit,  mon corps fut fondu,
, Tout-Puissant, a fui mon grabat pour ton lit ;
Nous vivons aujourdhui plus qu mi-confondus,
Car ma mort au futur suit sa mort du jadis.

Un sang bouillant natrait par moi ! Qui laurait cru ?
Qui croirait aujourdhui Booz aurait infants ?
A vingt ans, nous avions nos matins triomphants ;
Jour qui quittait la nuit ainsi quun invaincu ;

Mais, caduc, on a froid, ainsi quaux frimas lif ;
Jai connu labandon, sur moi chut lobscur soir,
Jaccroupis,  mon Roi, mon front sur un drap noir,
Bouvillon tarissant sa soif au courant vif."

Ainsi parlait Booz  lamour,  la nuit
Offrant au Tout-Puissant son iris assoupi ;
Un tallipot sait-il qu son tronc crot un brout ?
Booz ignorait-il qu son flanc gisait Ruth ?

Tandis quil somnolait, Ruth, qui du Moab vint,
Non loin du grand Booz alanguit son dos nu,
Simaginant, souriant, un rayon inconnu,
Quand la nuit blanchirait jusquau matin soudain.

Or Booz lignorait, mais Ruth languissait l,
Pourtant Ruth savait mal quIl la voulait pour lui.
Un frais parfum sortait dun viridifiant buis ;
Un nocturnal Khamsin flottait sur Galgala.

Lobscur planait nuptial, infini, imposant ;
Ny palpitait-il pas, incognito, un Pur
Car on voyait vibrant dans la nuit, par instant,
Simulation dun vol, un flou frisson dazur.

Linspiration du pur Booz qui somnolait
Sunissait au bruit sourd du ru qui murmurait.
La nuit sadoucissait dans un aot finissant,
Il y avait un lys au flanc du vallon Blanc.

Ruth souriait ; Booz dormait ; lair parat gris ;
Au loin, un sourd troupiau va tintinnabulant ;
Un colossal pardon tombait du paradis ;
Linstant souvi sonnait o un lion va buvant.

Tout somnolait dans Ur, tout dormait dans Ganaith ;
Orion papillotait au plus profond du noir ;
Laigu croissant si clair parmi lhalo du soir
Scintillait au Ponant ; lors Ruth simaginait

Salanguissant, ouvrant un cil sous son Sindon,
Quun divin paysan du toujours automnal
Avait, partant au loin, dans un mol abandon
Conduit son chariot dor sur son sillon astral.